HAITI : LE PRINTEMPS À PORT AU PRINCE

HAÏTI : le printemps à Port au Prince

Françoise Ponticq

Port au Prince – 22 mars 2926

20 mars : printemps ; dans un pays tropical les saisons sont moins marquées, mais existent cependant. Ce printemps, synonyme de renouveau, de réveil, verra-t-il un bourgeon, un nouvel élan pour le pays ?

La vigne se réveille

On pourrait souhaiter un autre départ ou une autre direction pour les dirigeants des pays de notre planète, malmenée physiquement et mentalement par ces temps qui courent.

« Mince est la couche de vernis dont sont recouvertes nos sociétés modernes, fine la pellicule qui distingue la civilisation de la barbarie, fragile est l’humanité. » (Jacky Assayag)

Haïti n’échappe pas à cette idée : comment un pays si riche humainement et culturellement, truffé d’artistes et d’intellectuels, avec une histoire si singulière et unique, ayant déjà traversé des périodes sombres (dictature de François Duvalier et fils jusqu’ en 1986) peut-il demeurer dans ce gouffre de violence et insalubrité politique depuis près de 5 ans ???

Et surtout à quoi riment ces combats, ces destructions de tout un patrimoine, causées par des affrontements entre Police et gangs ? Une guerre fratricide, car en Haïti, il n’y a pas d’ethnie ni de religion interdite.

Depuis le début de l’année, la situation n’a guère évolué en terme de récupération de territoires perdus, d’amélioration de l’économie, mais un petit espoir naît, pour certains, une sorte de « on voudrait y croire ». Est-ce une sorte de résistance ou d’instinct de survie ? Un coup de pied au fond du puits qui fait remonter ?

Allez savoir !

La Police Nationale avance un peu plus sur les quartiers occupés par les gangs, y allant avec leurs chars blindés et des drones explosifs ; personne ne sait vraiment quel est le résultat, les journalistes ne se rendent pas dans ces zones, les résidents ne parlent pas forcément et la direction de la Police n’est pas bavarde.

Ci-dessous : char blindé et reste du commissariat de Martissant, pris en otage par les gangs depuis juin 2021 ; c’est la première fois que la Police arrive à repousser les bandits jusque-là.

Au-delà de Martissant, sortie sud de la capitale, reste encore toute la commune de Carrefour aux mains de bandits, de plusieurs gangs qui taxent les bus. Tout n’est pas encore fini.

Une artère importante et transversale de Port-au-Prince- Nazon- a été libérée des gangs ; les véhicules passent, la Police est présente, mais c’est un paysage de désolation : maisons éventrées, brûlées, pillées… Pourquoi ?

Question sécuritaire, les forces Kenyanes engagées en Haïti se retirent au profit d’une nouvelle Force dite de Répression des Gangs ; qu’auront apporté les Kenyans ici ? Qu’apportera cette nouvelle force ? Les voies du « Saigneur » sont impénétrables dit-on.

Depuis le 7 février, le premier ministre Didier Fils- Aimé est seul au pouvoir, accompagné de son gouvernement. Durant les 18 mois qu’aura duré le CPT- un collectif de gouvernance transitoire de 9 membres-aucune avancée notoire n’a vraiment été visible pour le quidam moyen.

Tout est comme au ralenti : les tribunaux ne fonctionnent presque pas, les prisons ne sont pas reconstruites, les ministères gèrent des affaires courantes.

Les questions sociales sont préoccupantes ; la capitale regorge de camps de déplacés, où règnent la promiscuité et la violence, ; les gens vivent dans des conditions indignes d’un être humain. Les véhicules transportant les commis de l’état passent chaque jour devant ces camps mais ces gens-là semblent aveugles ou préoccupés par d’autres réalités certainement plus personnelles.

En province la vie est différente : pas d’insécurité, sauf pour l’Artibonite et le département de l’ouest, mais les conditions économiques sont dures car l’approvisionnement se fait par bateau (sud) et le transport est coûteux. Tous les véhicules qui empruntent la route jusqu’ à la sortie sud de Port-au-Prince sont taxés par les gangs. Le prix de toutes les denrées est souvent doublé ou triplé.

Transports de bananes vers Carrefour : on essaie d’en mettre le plus possible pour faire du bénéfice à la revente.

A Port-au-Prince la vie quotidienne est aussi ponctuée –comme partout en Haïti – du rythme journalier, de la présence des marchandes informelles, de différents commerces en bord de rue, des écoliers en uniforme, des cérémonies religieuses ou vaudou, des personnes qui vont et viennent chaque jour pour travailler ou qui ont d’autres occupations. La vie continue pour tout le monde, chacun a sa façon et selon ses possibilités.

Les activités culturelles restent présentes ; même dans les quartiers contrôlés par les gangs, ceux-ci organisent des fêtes. Le carnaval en février est incontournable en Haïti : une des plus grandes manifestations culturelles très prisée par tout le monde. Il a eu lieu un peu partout en province et un peu à la capitale.

En cette période (Carême), des bandes à pied musicales appelées RARA écument les campagnes et différents quartiers de Port-au-Prince certains soirs : c’est une tradition.

Si beaucoup de personnes restent chez eux le soir, nombreux sont ceux et celles qui bravent la rue et sortent : les affiches de soirées musicales, de restaurants, de bars parsèment les murs et les réseaux sociaux.

D’autres activités culturelles réapparaissent dans de nouveaux espaces, car ceux qui abritaient les spectacles ont fermé à cause de leur situation dans des zones occupées par les bandits.

Le plus souvent les horaires permettent un retour chez soi pas trop tard.

Il y a eu un festival de théâtre en novembre, un festival de jazz en janvier et chaque semaine on peut trouver de quoi se nourrir culturellement en Haïti.

Un petit pays bien singulier !

Dans ce contexte la clinique dentaire du SOE fonctionne plutôt mieux depuis janvier 2026. La baisse de l’insécurité au centre de Port-au-Prince – ou du moins ce que l’on peut en ressentir- ramène des anciens patients et de nouveaux.

Les patients sont satisfaits des soins offerts : qualité des soins correcte, prix attrayants et possibilité de repartir les paiements sur plusieurs rendez-vous.

Le coût des consultations médicales et des soins a beaucoup augmenté, pour toutes les spécialités, car la majorité des cabinets médicaux et hôpitaux ont quitté la ville de Port-au-Prince où les bandits étaient présents ou proches et se sont réinstallés plus haut, dans la commune de Pétion- Ville.

Des élections sont prévues cette année : quel type d’élections ? Comment des candidats feront –ils leur campagne électorale ? Les routes sont fermées. Les compagnies commerciales étrangères n’atterrissent pas à l’aéroport international de Port-au-Prince, cause insécurité.

L’ouverture du processus a commencé ce mois-ci ; le Conseil Electoral Provisoire prévoit des élections en août et décembre, pour élire un président, des sénateurs, des députés, des magistrats communaux.

Il faut savoir qu’il n’y a pas eu d’élections complètes depuis 2016/2017.

Un retour à l’ordre constitutionnel, par le biais d’élections, même « bancales » reste malgré tout l’espoir de repartir sur de meilleures bases. Avec des structures étatiques en place et des élus légitimes, on n’échappe pas aux fléaux qui ruinent ce monde, à savoir corruption, amour inconsidéré du pouvoir, violence, mais il y a quand même des garde –fous, des lois votées, qu’aucun pouvoir de transition ne peut mettre en place.

On essaie tous d’y croire !!!

 

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